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Nos participations 29 Juin 2018

Interview - Serge Daninos - L'innovation c'est aussi dans les EHPAD

Serge Daninos, Président et Fondateur du Groupe SSD La Coupole, spécialisé dans la gestion d’EHPAD et de Cliniques SSR, nous explique comment son Groupe répond aux défis posés par la prise en charge de la dépendance chez les personnes âgées : qualité des soins, éthique, environnement de travail du personnel, innovation…
Temps de lecture : 6 min.

Pourriez-vous nous présenter en quelques mots le Groupe que vous avez fondé et que vous dirigez aujourd’hui ?

J’ai fondé le Groupe SSD La Coupole en 2005. Nous sommes exclusivement spécialisés dans la prise en charge en faveur des personnes âgées à travers des EHPAD et des cliniques de soins de suite et de réadaptation (SSR). Nous exploitons aujourd’hui 2 établissements représentant un total de plus de 130 lits, après avoir cédé 3 établissements sur ces dernières années. Nous avons par ailleurs de nombreux projets de développement autour de la thématique du bien-vieillir grâce à notre collaboration avec les équipes d’123 IM qui nous accompagnent.

Le secteur des EHPAD est souvent pointé du doigt pour négligence ou mauvaise qualité de soins dispensés aux résidents. Pourriez-vous nous dresser le portrait type d’un EHPAD d’aujourd’hui ?

Les EHPAD ne sont plus aujourd’hui comme ceux d’il y a 20 ou 30 ans. L’espérance de vie s’allonge et des pathologies plus lourdes liées à la dépendance apparaissent. Au final, c’est toute la filière de la prise en charge de la dépendance qui est au cœur de profondes mutations. Les EHPAD ont désormais vocation à être de plus en plus médicalisés et spécialisés, afin d’être gérés comme des cliniques de fin de vie. Mais fin de vie ne doit pas rimer avec négligence dans les soins. Au contraire, la médicalisation accrue des établissements et l’augmentation de la dépendance des résidents nécessitent du personnel dûment formé, ainsi que de nouveaux outils d’aide aux soins. Les protocoles doivent changer.



On ne s’occupe pas d’un patient désorienté de la même façon qu’une personne âgée sans pathologie lourde. Hormis quelques cas isolés humainement impardonnables que l’on a pu suivre dans l’actualité récente, le manque d’attention envers les résidents est souvent le fait du décalage qu’il existe entre la formation du personnel soignant et les solutions d’aide au soin à leur disposition par rapport à la nouvelle vocation des EHPAD. Il est indispensable de prendre la mesure de ce décalage et que tous les dirigeants d’EHPAD impulsent la transformation au sein de leurs établissements.

Comment gérez-vous ces évolutions structurelles dans la prise en charge de la dépendance au sein des établissements du Groupe SSD La Coupole ?

Depuis notre création en 2005, nous avons toujours défendu des valeurs de respect de la personne fragile ou malade, tout en poursuivant un objectif de bien-être, de ré-autonomisation et de rééducation. Cela fait déjà quelques années que nous avons fait le constat de ces profondes mutations qui affectent toute la filière de prise en charge de la dépendance. Une hiérarchie s’impose désormais en fonction du degrés de dépendance des personnes âgées. Cela commence par le placement dans des résidences-services pour les personnes pas ou très peu dépendantes et qui souhaitent simplement se retrouver dans des appartements adaptés à leur âge et dans un cadre sécurisé. Viennent ensuite les résidences de type « maintient de l’autonomie » dans lesquelles les services proposés et l’accompagnement sont plus importants, avant le placement en EHPAD. Nous avons donc réfléchi à un concept qui permettrait d’offrir aux résidents une qualité de soin adaptée à leur degrés de dépendance, tout en conservant des liens avec leur entourage et tous les résidents, tous niveaux de dépendance confondus. Cela a débouché sur le concept de « Ville dans la Ville » que nous développons actuellement. L’idée est simple : réunir dans un même environnement des personnes âgées très dépendantes (90-100 ans) en EHPAD, aux côtés de leurs enfants moins dépendants (70-75 ans) dans des résidences « autonomie » ou des résidences-services. Le tout dans un cadre qui reproduit la vie en ville, avec des commerces, des services de proximité, des jardins, des lieux de vie où se retrouver avec les proches pour partager un apéritif par exemple.

Plus concrètement, avez-vous des exemples de mesures que vous avez mis en place pour le bien-être des résidents dans vos EHPAD au quotidien ?

La vie sociale au sein des EHPAD est importante. C’est pourquoi nous portons une attention particulière aux animations, fêtes, anniversaires et autres événements. La décoration intérieure et les espaces verts sont également des points d’attention. Nous venons par exemple de développer un concept de chambre qui reprend les standards de l’hôtellerie avec une décoration soignée, de la moquette au sol et l’utilisation de beaux matériaux.  Il s’agit du dernier lieu de vie des résidents et ils doivent s’y sentir bien. Par ailleurs, nous avons mis en place un document de référence qui présente notre philosophie et notre protocole de soin et de prise en charge de la personne. Ce document est remis à chaque prise de fonction d’un nouveau collaborateur au sein de nos établissements. Le but est de garantir une constance dans les méthodes de soin aux résidents, une sorte de charte de qualité SSD La Coupole. Cela peut être déroutant pour un résident d’avoir une toilette avec une méthode différente en fonction du soignant qui la dispense. Dans ce sens, tous nos personnels sont d’ailleurs formés selon les principes de l’Humanitude, une méthode qui prône une approche humaine du soin et du contact avec les personnes fragilisées. Cette méthode fait aujourd’hui l’objet d’un label et repose sur 4 piliers : le regard face à face, à hauteur de visage, la parole qui explique chaque geste, le toucher qui doit aller au-delà de l’acte médical et se transformer en « toucher tendresse » et la verticalité qui fait qu’une personne âgée bien accompagnée doit pouvoir vivre debout.

Accordez-vous autant d’importance à la qualité de travail de votre personnel soignant ?

Evidemment, car c’est eux qui sont au cœur du dispositif. Leur garantir un environnement de travail où ils se sentent bien est important, d’autant que le métier est fatiguant et souvent générateur de troubles musculo-squelettiques. C’est pourquoi nous avons mis en place plusieurs dispositifs de dialogue entre les responsables médicaux pour faire remonter les informations du « terrain » et permettre de traiter les obstacles du quotidien. Afin de prévenir les problèmes de dos, nous avons par exemple fait installer dans le plafond des chambres des appareillages pour soulever les malades. Plus de confort pour notre personnel c’est moins d’absentéisme et une meilleure qualité de soin pour nos résidents. Dans le 1er EHPAD où nous avons installé ce système, le taux d’absentéisme a chuté de 70%.  Notre but est également de responsabiliser chaque collaborateur en les faisant participer au planning. Mais c’est aussi une attention particulière à l’innovation dans nos établissements. Cela va de choses très simples comme un sirop de parfum et de couleur différente à chaque heure dans le verre d’eau des résidents afin de permettre au personnel de voir s’ils s’hydratent correctement jusqu’à de petits capteurs ronds de la taille d’une boucle de ceinture que nous plaçons sur les résidents afin d’informer le personnel lorsque la vessie ou les intestins sont pleins et donc d’intervenir en amont. Nous sommes en train de tester ce nouveau dispositif. Tout cela participe à aider et rassurer le personnel dans l’exercice de sa fonction.

Vous parlez beaucoup d’innovation. C’est facile d’innover dans le secteur de la dépendance ?

Bien-sûr. L’innovation ce n’est pas que les start-ups, le web et les applis mobiles. Ça se passe aussi dans les EHPAD. Les objets connectés sont d’ailleurs une source d’innovation intarissable pour notre secteur. Prenez par exemple la solution « otono-me ». Il s’agit de petits capteurs installés dans la chambre et dans le lit du résident. Cela permet au personnel de détecter l’absence du lit du résident, un rythme cardiaque anormal, une activité inhabituelle ou encore une chute.



Durant la nuit, lorsque le personnel est en effectif réduit, ce type de solution est très utile et rassurant pour le personnel, tout en préservant l’intimité du résident. Cela permet de réduire les accidents.

Quels sont selon vous les autres chantiers majeurs auxquels va être confronté le secteur des EHPAD dans les prochaines années ?

Finalement les problématiques que nous rencontrons sont les mêmes que celles que l’on retrouve dans le reste de la société. Ce n’est pas parce qu’une personne est âgée, dépendante ou désorientée qu’elle passe dans une autre galaxie. Nous sommes confrontés chaque jour dans les EHPAD à des sujets liés à la sexualité, à la religion, à l’égalité, à la dignité,… Au final, tous les sujets dont on débat aujourd’hui dans la société. Intégrer pleinement ces problématiques dans la prise en charge de la dépendance constitue l’un des principaux chantiers en cours et à venir.



Chez SSD La Coupole nous avons d’ailleurs créé un comité d’éthique pour gérer l’ensemble de ces sujets. C’est avant tout un espace de dialogue et d’écoute dans lequel nous faisons parfois intervenir des experts extérieurs qui nous poussent à débattre et réfléchir ensemble. De ces réflexions nous en tirons de nouveaux protocoles ou une amélioration des protocoles existants. C’est grâce à l’enrichissement permanent de ces protocoles sur des sujets comme la prise en charge du patient en fonction de sa religion ou de son orientation sexuelle que le personnel soignant pourra continuer de dispenser des soins de meilleure qualité et d’être attentif à la personne.
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